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« Le PIB ne doit pas mesurer le bien-être d’une nation ! »

Publié dans News by casselboris sur mai 31st, 2008
Pouvoir d’achat en berne ? Les Français en sont persuadés. Faux, rétorque l’Insee qui brandit ses statistiques. Alors ? Parmi l’avalanche de rapports sur le sujet, celui d’Hervé Mariton avec son collègue Pierre-Alain Muet. Leur objectif : clarifier la situation et proposer des réformes.

Les Français ne croient plus aux chiffres officiels. Comment réagir face à ce divorce ?
Hervé Mariton : L’Insee ne ment pas. Ses chiffres sont solides. Mais il faut les affermir et construire des indicateurs complémentaires. Il faudrait publier une mesure du chômage mensuelle, et non plus seulement trimestrielle. Compléter par les chiffres du « halo du chômage » [situation intermédiaire entre emploi et chômage, ndlr] et ceux du « sous-emploi » [dont le temps partiel, ndlr]. Pour le pouvoir d’achat, un calcul par tranche de revenu et par « unité de consommation » [par personne, ndlr] s’impose. Certaines de ces réformes se mettent en œuvre.


Le rapport Quinet, lui, préconise de prendre en compte le poids des « dépenses contraintes » des ménages, autrement dit celles auxquelles on ne peut échapper, dans le calcul du pouvoir d’achat…
Nous sommes prudents sur ce point. Dans toute mesure, il y a des conventions. Lors de l’élaboration d’un nouvel indice, le risque est d’introduire des débats trop exclusivement idéologiques et trop subjectifs. Le président de la République a souhaité que l’on mesure davantage les dépenses contraintes, celles prélevées sur votre compte, celles qui pèsent sur ce qui reste dans votre porte-monnaie avant de faire votre marché.

Comme le loyer…
Ou un abonnement à une chaîne porno ! Le mot « contraint » est très ambigu, il fait croire aux gens que l’on est dans le domaine de la dépense vitale. Ces questions sont difficiles à évaluer. Il faut éviter de se précipiter sur ce sujet. Il y a un risque de démagogie. La statistique ne doit pas être l’outil de la démagogie.

Donc le président de la République a été démagogique sur ce point ?
[réaction] Il a répondu à une certaine facilité, celle de ne pas s’interroger sur les dépenses contraintes. Il est allé un peu vite. Même genre d’observations sur l’évolution du produit intérieur brut. Il y a un consensus pour considérer que le PIB ne suffit pas pour mesurer le bien-être d’une nation. Mais le PIB n’est pas fait pour ça ! N’abîmons pas les chiffres de référence, construisons d’autres mesures, mais prudemment. Parce que les débats scientifiques qui sont derrière sont loin d’être tranchés.

Propos recueillis par Boris Cassel

Publié dans Economie Matin.

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