Éditis : des tonnes de livres sous la griffe espagnole
L’édition française se met-elle à l’espagnol? Wendel, la société d’investissement de la famille du baron Sellière, est sur le point de vendre Éditis, sans doute d’ici à la fin juin 2008, au géant hispanique de l’édition, Planeta.
Vous ne connaissez pas Éditis? Peu étonnant: ce numéro 2 de l’édition française (derrière Hachette), tout à la fois propriétaire de marques clés – Nathan, Plon, Robert Laffont, Perrin, Fixot, Le Cherche-Midi, La Découverte, 44 «perles» au total – et distributeur majeur* se «cache» derrière ses éditeurs pour le grand public.
En entamant des «négociations exclusives» avec Planeta, leader de l’édition espagnol, le groupe Wendel espère bien engranger 1,026 milliard d’euros, montant de la valorisation actuelle pour un chiffre d’affaires 2007 de 760 millions d’euros. Dixit le président du directoire d’Éditis, Alain Kouck, le rapprochement devrait permettre le «développement au-delà des frontières francophones» d’Éditis. Certes. Vu ainsi, se vendre, c’est se développer ! Il n’empêche que c’est surtout Planeta qui se développe. Le rapprochement donnera naissance au 9e groupe mondial de l’édition.
Ex-propriété de Vivendi Universal et du groupe Lagardère, Éditis change pour la troisième fois de mains en quatre ans. En 2004, Wendel l’avait acquis pour 660 millions d’euros. Selon Le Figaro, Jean-Bernard Lafonta, directeur général de Wendel, estimait alors que «contrairement aux fonds financiers, nous ne sommes pas obligés de revendre au bout de cinq ans, nous raisonnons sur un horizon de 10 ou 15 ans, mieux adapté aux contraintes d’Éditis.» Depuis, Wendel s’est lancé dans la coûteuse acquisition de Saint-Gobain. La cession d’Éditis était pressentie depuis plusieurs semaines.
Boris Cassel
Cet article a précédemment été publié dans Economie matin.
* L’édition française sépare généralement le métier d’éditeur du distributeur chargé de vendre aux libraires et aux points de diffusion des livres. En France, deux distributeurs majeurs – Éditis (Interforum) et Hachette – constitue la force de vente dominante de milliers d’éditeurs dépourvus de structure de distribution.
