Modèle allemand, copie française
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Tirée par ses exportations, l’économie allemande redémarre. Envieux de cette réussite économique, le gouvernement français semble vouloir suivre cette voie. Gare à la facture sociale du « modèle allemand ».
Croissance retrouvée et baisse du chômage, l’économie allemande a le sourire. Après une décennie de morosité économique, le géant d’outre-rhin fait une démonstration de force. Sa croissance atteint 2,9 % en 2006, loin devant la France (2 %) et l’Italie (1,9). Et le chômage chute à une vitesse vertigineuse : un point perdu en un an. « Sur les 12 derniers mois, le chômage a connu sa décrue la plus rapide depuis la fin des années 50», analyse Michael Burda, économiste de l’université d’Humboldt à Berlin(1).
Ce come-back s’appuie sur un commerce extérieur dynamique. Les excédents ont triplé depuis 2003, atteignant 146 milliards d’euros (contre 46 milliards de déficits en France). Le pays de Goethe est désormais « Export-Weltmeister », champion du monde des exportations !

À l’origine de ce succès : une politique de l’offre basée sur la compression des coûts salariaux. Lancée par les lois Hartz au début des années 2000, refondant totalement la protection sociale allemande (baisse de la durée d’indemnisation des chômeurs etc.), cette politique a été relayée par les récentes réformes fiscales (augmentation de la TVA, baisse d’impôts pour les sociétés en 2008 etc.). Objectif : renforcer la célèbre compétitivité « qualité » de l’industrie allemande par une plus intense compétitivité « prix ». Malgré la flambée de l’euro, le prix des produits exportés a baissé de 2,6% depuis 2000 – contre une hausse de 5,1% des prix français et 35,6 % des italiens!
Ces résultats commerciaux ne suscitent pas que des louanges en Europe. Ainsi, l’économiste français Patrick Artus dénonce « la stratégie de « non coopération » adoptée par l’Allemagne, consistant à comprimer sans relâche les coûts salariaux dans l’industrie afin de gagner à tout prix des parts de marché vis à vis de ses partenaires de l’Union européenne, à commencer par la France et l’Italie (2)». Mais l’Allemagne surfe aussi sur la vague chinoise grâce à sa production de machines-outils bien adaptée à ce marché.
Modèle dupliqué en France
Pour Michael Burda, « l’Italie et la France feraient bien de rapidement suivre » cet exemple. Message reçu. La politique de Nicolas Sarkozy est le « remake » de cette stratégie allemande : fin des trente-cinq heures, aides aux entreprises exportatrices, heures supplémentaires défiscalisées, probable « TVA sociale »… À une (grosse) différence près : la croissance française est surtout tirée par la consommation. Cette dernière est atone en Allemagne, prise en étau entre la modération salariale et la récente hausse de la TVA. Attention à ne pas casser cette dynamique française ! D’ailleurs, le modèle économique allemand a de nombreux effets pervers comme le développement de l’emploi « atypique ». 453 000 allemands travaillent à temps plein sans pouvoir subvenir à leurs besoins. « Le problème des travailleurs pauvres est une réalité ici, affirme Karsten Mark, journaliste à Dortmund. Ces gens travaillent souvent comme facteurs dans des services postaux privés ou comme vigiles. Cela provoque un vif débat sur l’instauration d’un salaire minimum. » Selon le ministère du travail, le revenu net réel des salariés allemands est aujourd’hui inférieur à celui de 1986.
Adopter le « modèle allemand » nécessite d’en subir les coûts sociaux et de reporter une partie de la facture économique sur les autres pays européens, qui ne sont pas encore lancés dans cette course à la dévaluation salariale. Pas encore …
Boris Cassel
1 : http://www.voxeu.org/index.php?q=node/404
2 :« Comment nous avons ruiné nos enfants », La Découverte, p 105
Source des graphiques : FMI
Source de la photo : http://www.flickr.com/photos/mo/23724470/

hmmm intéressant…
lnfily
6 décembre, 2007 à 10:43
Moins qu’en 1986? En tenant compte de l’augmentation du coût de la vie, ou pas? Parce que si ça n’en tient pas compte, c’est grave!
Et bonjour à Karsten!
@tom
11 décembre, 2007 à 3:15
[...] au niveau des branches. Sans que l’Etat intervienne. Un dommage collatèral du “modèle” allemand [...]
Allemagne : salaire minimum réclamé par des employeurs « jenecomprendsrienaleco
5 janvier, 2008 à 12:56
S´il vous plaît, n´imitez pas le modèle allemand! J´en connais les mauvaises conséquences. Dans l´immeuble où je vis, il y a plusieurs personnes concernées du plan Hartz 4. Heureusement, on s´aide mutuellement entre voisins quand quelqu´un n´a plus de fric.
Sans cela, la situation serait parfois insupportable.
Quant à la statistique: Jusqu´il y a quelques mois, j´ai travaillé pour 1,50€ par heure à la fameuse Rütli-Schule, école du scandal dans mon quartier soi-disant “problematique”.
Pendant cette période, je ne figurais pas dans les statistiques des chomeurs. On ne compte non plus les personnes qui font des stages où des formations. (Qui sont, d´ailleurs, souvent complètement idiotes.)
Alors, c´est un grand bluff.
Faites la révolution! Peut-être, nous, les Allemands, on prendra l´exemple sur vous..;-)
Bonjour de Berlin! Claudia.
Claudia
21 juin, 2008 à 7:38