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“Les économistes ont prévu neuf des cinq dernières récessions” (anonyme)

Le Yuan est-il sous-dévalué ? (Alexis Thibaut)

avec 3 commentaires

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En Chine, comme vous ne le savez peut-être pas, il y a du chômage, les estimations varient suivant les sources, mais disons autour de 10%, c’est donc un taux de chômage important. En parallèle, la valeur du yuan (la monnaie chinoise) est d’après la majorité des économistes ainsi que d’après les USA, sous-évaluée.

Donc si la valeur du yuan est sous-évaluée cela signifie qu’un dollar correspond à une valeur en yuan trop élevée, mais trop élevée pour qui ? En effet, la question se pose. Les américains préféreraient voir le yuan plus faible, ainsi leurs exportations (et les notre au passage) seraient plus concurrentielles. Seulement voilà, les chinois ont un tout autre point de vue.

Le gouvernement chinois a pour objectif une production qui maximise les facteurs de production, c’est-à-dire qui utilise toute la population active disponible ainsi que tout le capital. En fixant un taux de change bas les investisseurs étrangers sont incités à délocaliser( vers la chine, ndlr), ils trouveront en Chine un taux de salaire bas et un taux de change yuan/dollar ou yuan/euro tout à leurs avantages pour réaliser des exportations bons marché. Donc les investisseurs étrangers sont satisfaits, ils produisent/exportent pour pas cher et la Chine voit son taux de chômage diminué et sa production s’industrialiser avec l’arrivé de capital physique important.

 

On peut alors donné quelques chiffres pour étayer ces propos, tout d’abord la croissance qui est largement impulsée par les exportations fut de 8,5% l’an de 1995 à 2004 alors que celle des USA était de 3,3% et 2,2% pour la zone euro. Entre l’année 1990 et 2004, les exportations chinoises ont augmenté de 15,5% l’an et de 30% entre 2003 et 2004. L’excédent commercial (différence entre exportations et importations) est positif de 148 milliards de dollars en 2005 (deuxième après le Japon). A noter également que la Chine dispose du stock de réserve de change le plus élevé au monde, ce qui est un élément suffisant pour décourager les spéculateurs. En effet si ces derniers vendent du yuan en quantité très importante, la banque populaire chinoise pourra toujours racheter sa monnaie (avec les devises qu’elle détient) et donc in fine contrôler son taux de change. Le montant des réserves de change de la Chine en 2006 est de 845 milliards de dollars contre 832 pour le Japon, le troisième pays est Taiwan avec 258 et la Zone euro 207.

 

L’entrée massive de fonds en Chine notamment par les investissements directs à l’étrangers dont bénéficie la république populaire – 424 milliards de dollars entre 1990 et 2002, 3ième place mondiale- entraîne que les banques disposent de beaucoup de liquidités. Ceci pourrait avoir comme conséquence une augmentation des crédits accordés et par la même une baisse du taux d’intérêt (c’est-à-dire le loyer de l’argent, à ne pas confondre avec le taux de change) et donc une appréciation du yuan. En effet, si la quantité de monnaie en circulation augmente alors les prix et les salaires augmentent également, c’est l’inflation. Donc si en t0, il faut 1$ pour acheter un stylo chinois et qu’en t1 le même stylo en dollar vaut 2, le dollar par rapport au stylo a dévalué et donc c’est une appréciation du yuan sur le dollar. Il est important à souligner ici que la BPC chinoise contrôle le change, ce qui signifie que la baisse du taux d’intérêt n’entraîne pas une appréciation de la monnaie comme c’est le cas en régime de change flexible.

Pour éviter une telle dévaluation de la monnaie étrangère nuisible aux exportations chinoises, la BCP « stérilise » les flux de capitaux. Pour cela elle relève – quand le besoin s’en fait sentir – les ratios de réserve des banques. C’est-à-dire qu’elle contraint celles-ci à mettre en réserve une quantité de monnaie en fonction des dépôts dont celles-ci disposent. Les sommes mises en réserves ne sont bien sur pas rémunéreés. La BPC peut également obliger les banques à acheter des bons du trésor chinois, ainsi l’excès de monnaie nationale est contenue et l’inflation n’a pas lieu.

 

Le modèle de la croissance chinoise est comme on l’a vu basé essentiellement sur les exportations, ce sont elles qui tirent la croissance vers le haut. Selon Dooley et alii (2004) le mécanisme entre les USA et les pays d’Asie s’apparente à un second « Bretton Woods ». Les américains financent leurs déficit extérieur par les pays asiatiques qui accumulent leurs réserves, ceci afin de stabiliser leurs taux de change, ce qui rassurent les investisseurs. Cependant cette vision des choses n’est pas partagé par tous et notamment par Goldstein et Lardy (2005) pour qui les investissements directs à l’étranger reçus par la Chine sont insuffisants pour qu’il en soit ainsi.

 

Le taux du change d’équilibre entre le yuan et les autres monnaies est donc défini à un seuil sous évalué par les autorités, afin d’atteindre le plein emploi, à long terme le chômage devrait être résorbé entraînant par la même une hausse du taux de salaire et par la force des choses une appréciation de taux de change réel. L’investissement devient alors nul, la balance commerciale est équilibré et la croissance est dû principalement à la consommation comme dans les économies développées….

 

Aujourd’hui la Chine tient à garder son indépendance malgré les pressions américaines exercés. Pékin dit laisser sa monnaie en régime de change semi-flexible, c’est-à-dire que la monnaie chinoise est liée à un panier de monnaies internationales pondérés par leurs importances et avec une marge de flottement de +/-3%. Toutefois, il est important de souligner que si la BPC n’intervenait pas au jour le jour sur le marché des changes, le yuan s’apprécierait automatiquement.

 

Pour McKinnon (2004) il serait dangereux pour la Chine de céder aux pressions américaines. Selon lui, une appréciation du taux de change yuan/dollar pourrait entraîner une déflation comme celle connue par le Japon entre 1992 et 2003. L’appréciation du yuan entraînerait en effet une baisse de la demande étrangère et donc de l’investissement, à court terme les variables réelles de l’économies (production et emploi) seraient fortement affectés, à long terme l’équilibre serait atteint avec une variation des variables nominales (prix et salaires). A court terme, on aurait donc une hausse du chômage et une baisse de la production, à long terme suite à la baisse des prix et des salaires, la production ainsi que l’emploi reviendraient à leurs niveaux initiaux.

 

Le principal danger d’une dévaluation est finalement de se trouver dans une situation ou l’appréciation de la monnaie n’est pas ponctuelle mais continue, dans ce cas les investissements étrangers ne cesseraient de diminuer, la production et l’emploi seraient à la baisse. Les autorités monétaires baisseraient alors le taux d’intérêt mais il n’est pas possible de pratiquer un taux d’intérêt négatif. Cette situation est celle connue par le Japon entre 1992 et 2003.

 

Pour conclure on peut dire que le yuan est sous-évalué pour le reste du monde mais presque supérieur à son niveau de plein emploi pour la Chine. De plus, l’accumulation de dollars us par la Chine permet en quelque sorte de soutenir le cours de cette monnaie. En effet, si le yuan venait à s’apprécier alors la croissance chinoise serait sur le déclin entraînant avec elle la baisse de l’accumulation de dollar us. Cela aurait pour conséquence une dépréciation de la monnaie internationale, ce qui serait dommageable à toutes les économies du monde et en particulier à celle de la zone euro.

 

Alexis Thibaut

 

Sources : La valeur du yuan, revue de l’OFCE, juillet 2006

Antoine BOUVERET , Sana MESTIRI, Henri STERDYNIAK

Rédigé par casselboris

25 décembre, 2006 à 2:14

3 réponses

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  1. C’est limpide, c’est clair et d’une grande pédagogie !

    ah si mes cours de macro étaient si bien foutus :D

    Page en favoris, ou puis je trouver d’autres de tes écrits ?

    Merci, Alexandre

    alexandre Pauly

    3 avril, 2008 à 6:33

  2. Juste une question : le yuan ne va t-il pas être forcement aprécié sur le long terme?

    Sachant nottament que sa variantion sur 1 an est pour l’instant de 5% n’est ce pas le signe d’une longue periode de réévaluation du yuan?

    Je ne suis qu’en terminale éco donc excusez moi si je n’ai pas tout compris…

    romain bellegarde

    12 juin, 2008 à 2:51

  3. Tout depend de la strategie de la banque centrale de Chine… mais je ne parirai pas sur une ré-évaluation du yuan tant que le niveau de vie des chinois ne sera pas proche du nôtre, c’est-a-dire tant que la societe chinoise ne sera pas une societe de consommation que la nôtre.
    Pourquoi je ne parie pas sur une ré-évaluation du yuan?
    Parce que la Chine possède dans ses reserves qquechose comme 1000 milliards de dollars (en bon du tresor americain notamment, et ce chiffre date d’au moins 6 mois) et elle peut donc re-injecter ces liquidités sur le marché quand elle le désire pour garder le taux de change qui l’arrange contre le dollar americain.
    Enfin, les chinois souhaiteront avoir une monnaie plus forte lorsque les demandes d’importation se feront sentir. Cependant, à part les produits de luxe accesible à une minorité, c’est loin d’etre le cas puisque les biens d’importation sont hyper-taxés à l’entrée en Chine, ne stimulant donc pas la demande de produits etrangers en Chine.

    Bon, je ne suis pas economiste mais c’est mon pronostique actuel avec mes faibles connaissances d’économie (bah oui, je ne suis qu’ingénieur).

    Peut-etre que notre hote ou l’auteur de l’article t’apporteront leurs lumieres de specialistes :)

    PS: apres relecture de l’article, voir paragraphe 4: 845 milliards d’USD qui donne le pouvoir à la Chine sur le marché des changes
    PS2: Tres bon article, Alexis!

    Florent

    20 juin, 2008 à 11:27


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